.
J'ai pensé à toi beaucoup. Je pense à toi beaucoup. Je me suis promis sur la route de ne pas parler de toi. Je ne veux pas embêter mon monde avec toi. Surtout un monde que je ne vois presque jamais. J'ai réussi à ne te citer qu'une fois sur une affaire diverse parce que l'anecdote était amusante. J'ai gardé mon agoraphobie pour moi et j'ai fréquenté le genre humain.
Pourtant y a plein de gens qui m'aiment
Et j'ai envie que tu les vois
J'ai envie qu'ils te le disent enfin
Que tu t'en aperçoives
En général, j'ai fait en sorte de ne rester qu'avec une personne à la fois pour éviter d'être mal à l'aise. Je les apprécie. Mais je ne supporte pas la masse. La masse de quatre personnes est déjà difficile à supporter pour moi. Je me suis rappelée que la dernière fois que j'étais venue, tu m'avais contactée quelques jours après pour me prévenir de ton retour prochain. Et j'ai eu si mal. Cette fois-ci, tu t'es excusé de ne pas passer. J'ai repensé à mes résolutions lorsque j'étais venue, la dernière fois, qui étaient parties en fumée avec quelques uns de tes mots.
Je te déteste de m'ignorer
Je te déteste de m'oublier
Je me hais d'être rien pour toi
J'en ai marre de me planter
Je me planque sous ma fierté
J'dis "pas d'problèmes" quand tu ne viens pas
A mes rencarts camouflés
Et tu m'écrases à chaque pas
Alors je te dis "MERDE" comme à la vie
Ouais c'est peut-être nul
Mais comme c'est moi qui écris
Je vais même le mettre en majuscules
Parce que j'ai tellement mal au ventre
Que ma colère je la mérite
Je transmets mon désir. Je le pose ailleurs. Je l'envoie sur autre chose. Je bousille soudain mes doigts sur les cordes tranchantes d'une guitare. Et je projette mon désir sur un instrument. Un instrument un jour acquis. Mais un désir acquis est un désir mort. Et ce petit désir disparu, le vrai, l'immense qu'il camoufle se rejettera sur moi et me consumera le ventre. Encore. Et relaissera un vide.
Les doigts foutus à force de jouer
V'là que je me saigne à la guitare
J'aurais jamais dû te rencontrer
Je me suis paumée dans ton plumard
Maintenant, si j'ai le c½ur qui brûle
Je m'en sers pour bouillir mon amour
Pour le faire crever sous les bulles
J'l'asphyxie, j'l'anesthésie
J'l'étouffe autant que je peux vraiment
Je préfère les flammes au vide
J'préfère les brûlures au néant
La funambule a mal au bide Alors je projette mon désir sur autre chose... Je tente... Un garçon. Dans le train. Ta copie conforme mais de taille normale. Mais non. Un autre ? Qui ne te ressemble pas du tout. Non plus. Je sais que c'est du vent. Ou si ça paraît un peu plus réel, je sais que ça ne vaut rien. Pas de l'amour. Rien. Je ne ressens rien. Un désir, tout au plus. Avec parfois une pointe d'affection si... Non. Ça ne me plaît pas. Je n'y arrive pas. Après ce que j'ai vécu, ce que j'ai pu ressentir, comment se contenter d'un bête frisson. Et même pas un frisson...
Je veux tellement rester le c½ur libre
Pour le donner sans jugement
Aux hommes qui me donnent ces moments
Qui font le bonheur de mon vil
C'est pas péché qu'se donner tout
C'est simplement que je tombe amoureuse
Aussi vite que ma peau a pu attirer ta menteuse
C'est pas que j'en suis malheureuse
C'est que normalement ça me passe
Je projette. Je fantasme... Sur toi. C'est pathétique. C'est tout ce qui me permet de m'endormir. Ou de me réveiller. Ou simplement de continuer. Je m'enfonce. C'est dramatique. Un garçon puis un autre. Aux garçons, je préfère regarder leurs chaussures. Ils ont parfois les même que toi. Très reconnaissables. Mon c½ur se fend. Mon c½ur s'est émietté. J'ai cru te voir dans une rue. Ça a gonflé dans ma poitrine. Le palpitant m'est remonté jusqu'aux narines. Puis rien. Plus rien. La ressemblance était grande, autant que la taille. Mais non. C'est bête. Je le savais pourtant. Mais j'ai pas pu m'en empêcher.
J'ai le c½ur d'une baroudeuse
Toi tu l'enfermes...
... C'est dégueulasse
"People are strange". J'ai bientôt 17 ans, pas mon bac en poche, je rêve d'une guitare pour ne pas rêver de toi, je suis agoraphobe et je fais semblant de me construire un avenir.
- C'est Dégueulasse -
Marie Cherrier
Image : Alexander Kapranos.